Le CHEVALIER DE LA BARRE, icône de la LAÏCITÉ à MONTMARTRE

Dernière personne exécutée en France pour blasphème, le chevalier de La Barre est devenu un véritable symbole de l’anti-obscurantisme et de la libre pensée en général. En effet, après sa condamnation au supplice sous Louis XV, Voltaire prend sa défense, puis les Révolutionnaires le réhabiliteront ; mais c’est à la fin du XIXe siècle qu’il atteindra le rang d’icône grâce aux libéraux parisiens au pouvoir qui décidèrent d’ériger une statue à sa mémoire, et ce juste en face du très controversé Sacré-Cœur.

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Monument à la mémoire du chevalier de La Barre, square Nadar (© Histoire Parisienne)

1765 : l’affaire et le procès

À Abbeville (Picardie), en 1765, des objets religieux sont retrouvés profanés. Très rapidement la rumeur porte les soupçons sur un groupe de jeunes nobles de la ville ; aucune preuve n’est apportée, mais des habitants témoignent avoir entendu d’eux des chansons peu catholiques, et les avoir vus agir irrespectueusement au passage d’une procession.

Il n’en faut pas plus aux enquêteurs pour procéder aux arrestations, d’autant que les événements s’inscrivent dans un contexte de rivalités locales ; mais, les jeunes hommes s’étant enfuis à l’étranger, il ne reste d’eux que François-Jean Lefebvre de La Barre (dit “le chevalier de La Barre” en raison du titre militaire porté par son père), âgé de 19 ans, confiant dans la justice et en ses relations, ainsi que son comparse Moisnel, moins inquiété car âgé seulement de 15 ans. Le chevalier nie, mais on trouve chez lui le Dictionnaire philosophique de Voltaire et d’autres livres très subversifs aggravant son cas.

Alors que la peine de mort pour blasphème a été interdite par Louis XIV en 1666, le chevalier est condamné à l’humiliante amende honorable et surtout aux pires tortures, tout cela bien entendu avant d’être exécuté, au motif précis :

“d’avoir passé à vingt-cinq pas d’une procession sans ôter son chapeau qu’il avait sur sa tête, sans se mettre à genoux, d’avoir chanté une chanson impie, d’avoir rendu le respect à des livres infâmes au nombre desquels se trouvait le dictionnaire philosophique du sieur Voltaire”.


Le chevalier interjette appel devant le Parlement de Paris, mais ce dernier, dans le contexte politico-religieux de l’époque, a intérêt à aller dans le sens du clergé conservateur : La Barre est condamné à 15 voix contre 10. De plus la Haute Juridiction mise sur la grâce royale ; or Louis XV, à la surprise générale, refuse, au motif qu’il ne pourrait gracier un coupable de lèse-majesté divine alors qu’il n’avait pas épargné neuf ans auparavant le célèbre Damiens pour lèse-majesté royale.

Ainsi, malgré les supplications des fervents défenseurs du chevalier tels que l’évêque d’Amiens, l’inévitable crime se produit : le supplice a lieu le 1er juillet 1766.

Postérité du chevalier, érigé en icône

Défendu d’abord par Voltaire, il est réhabilité par la Convention en 1793.

En 1897, à l’apogée de la IIIe République, dans un contexte de forte opposition entre conservateurs et libéraux, ces derniers font ériger une statue à son effigie juste devant le Sacré-Cœur : il s’agit d’un symbole fort cristallisant dans la pierre cet idéal de pensée qui aboutira huit ans plus tard à l’instauration de la laïcité en France.

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Statue du chevalier de la Barre supplicié, en 1897

En 1926, pour cause de réaménagement du site, la statue est déplacée non loin dans le square Nadar. Malheureusement, elle est détruite en 1941 en même temps que beaucoup d’autres monuments républicains par le réactionnaire régime de Vichy.

Ce n’est qu’en 2001 qu’une nouvelle statue est construite au même endroit, reprenant l’ancienne inscription “supplicié […] pour n’avoir pas salué une procession”, mais le représentant simplement en habits de ville et non plus sur le bûcher, comme si les siècles avaient adouci sa souffrance et apaisé les rancœurs.


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