Les FONTAINES SIAMOISES

La discrète fontaine de Léda se trouve au jardin du Luxembourg, à un endroit bien connu puisqu’elle est en fait au dos de la célèbre fontaine Médicis !

Mais il n’en a pas toujours été ainsi, et sa construction – qui n’a pas été un long fleuve tranquille – donne un aperçu des rapports autoritaires et contrôlés qu’entretenait l’empire de Napoléon Ier avec les arts et plus globalement la vie intellectuelle de son temps.

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La fontaine de Léda au jardin du Luxembourg (© Histoire Parisienne)

Comme la fontaine du Châtelet que je vous ai déjà présentée, elle est l’une des 15 fontaines installées dans Paris par le décret de Saint-Cloud pris par Napoléon en 1806 pour approvisionner la capitale en eau potable, grand projet lancé en 1802 par le début de la construction du canal Saint-Martin.

Elle se situait initialement aux angles des rues de Vaugirard et du Regard, adossée au mur d’un jardin ; en effet à cette époque les habitants de ce quartier excentré devaient s’approvisionner en eau rue Garancière ou bien rue de Grenelle.

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Dessin de la fontaine de Léda (aussi dite fontaine du Regard) par Jacques Swebach-Desfontaines (source : Gallica)

Le projet fut confié au très jeune Achille Valois (dont le nom est écrit en haut à gauche du bas-relief) et la fontaine fut rapidement mise en service, mais il y manquait le bas-relief pour lequel il demanda un nouveau financement puisque le paiement initial (2400 francs) ne couvrait pas même ses frais…

Bralle, en charge du projet, lui répondit outré :

Je n’ai pas cessé de penser que, par respect pour la volonté du gouvernement […], par honneur pour vous-même, par amour pour un travail ébauché et payé en partie ; je dirai même par égard et par amitié pour moi, double sentiment dont vous ne m’avez donné aucun témoignage, vous deviez mettre la dernière main à votre bas-relief […] Je ne puis […] me livrer à l’idée de croire que vous veuillez renoncer à une opération qui pourra vous faire honneur ; j’ai mis trop d’empressement et de plaisir à vous la confier pour le penser.


Valois résista à ces fourbes arguments, mais le ministre de l’intérieur Emmanuel Crétet intervint et le contraignit à terminer son travail.

Le jeune sculpteur têtu fit cependant appel à son maître Antoine-Denis Chaudet, qui courba l’échine en s’excusant “pour [s]on élève dont la tête peut être jeune, mais dont le cœur est excellent”, mais du coup permit l’examen de la fontaine par deux experts qui considérèrent son droit à indemnité à 1000 francs… rabattus à 600 par Crétet.

En 1855, le percement de la rue de Rennes par Haussmann l’éjecta du lieu. C’est l’architecte Alphonse de Gisors, en charge quelques années plus tard du déplacement de la fontaine Médicis dû à la création de la rue du même nom, qui eut l’idée d’en profiter pour installer à son dos la fontaine d’Achille Valois, désormais cachée du regard de la foule.


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