LA LIBERTÉ GUIDANT LE PEUPLE : 5 secrets du chef-d’œuvre de DELACROIX

Le 26 juillet 1830, le très conservateur roi Charles X, petit frère de Louis XVI et Louis XVIII, tente un coup de force en promulguant quatre ordonnances anticonstitutionnelles, dans un contexte de crise socio-politique. Les journalistes censurés sont à l’avant-garde et Thiers écrit : “des ministres criminels ont violé la légalité, nous sommes dispensés d’obéir”, puis très vite le Peuple de Paris se soulève, dresse ses désormais mythiques barricades et lutte ; en trois jours – les 27, 28 et 29 juillet 1830 – le combat est gagné, et le dernier des rois Bourbons contraint à l’exil : ce sont les Trois Glorieuses. Victor Hugo résumera plus tard parfaitement cet événement inévitable dans les “Quelques pages d’Histoire” ouvrant la quatrième partie des Misérables : “La famille prédestinée qui revint en France quand Napoléon s’écroula eut la simplicité fatale de croire que c’était elle qui donnait, et que ce qu’elle avait donné elle pouvait le reprendre […] Un matin elle se dressa en face de la France, et, élevant la voix, elle contesta le titre collectif et le titre individuel, à la nation la souveraineté, au citoyen la liberté. […] La Restauration tomba.”


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Eugène Delacroix, La Liberté guidant le Peuple, 1830

Quelques mois plus tard, Eugène Delacroix peint à partir de son imaginaire romantique une scène de barricade :

J’ai entrepris un sujet moderne, une barricade, et si je n’ai pas vaincu pour la patrie, au moins peindrai-je pour elle.

Au départ nommée Scènes de barricades, La Liberté guidant le Peuple est devenue au fil du temps une icône de la peinture française et plus largement des représentations révolutionnaires dans le monde. Connue de tous, c’est une œuvre incontournable du Louvre ; elle recèle cependant de détails et de symboles inconnus du grand public…

L’allégorie de la Liberté : origines

Le personnage féminin central, allégorie de la Liberté, a très probablement été inspiré à Eugène Delacroix par les poèmes “Une semaine à Paris” de Casimir Delavigne : “Ô Liberté !… c’est une femme !” et “La Curée” d’Auguste Barbier :

“C’est que la Liberté n’est pas une comtesse
Du noble faubourg Saint-Germain,
Une femme qu’un cri fait tomber en faiblesse,
Qui met du blanc et du carmin
C’est une forte femme aux puissantes mamelles,
À la voix rauque, aux durs appas,
Qui, du brun sur la peau, du feu dans les prunelles,
Agile et marchant à grands pas,
Se plaît aux cris du peuple, aux sanglantes mêlées,
Aux longs roulements des tambours,
À l’odeur de la poudre, aux lointaines volées
Des cloches et des canons sourds ;
Qui ne prend ses amours que dans la populace,
Qui ne prête son large flanc
Qu’à des gens forts comme elle, et qui veut qu’on l’embrasse
Avec des bras rouges de sang.”


L’allégorie de la Liberté : symbolique

Cette femme, dont l’habillement – et surtout le déshabillement – sont quant à eux inspirés des statues grecques de l’Antiquité, rassemble par son idéal un peuple hétérogène : paysan (à ses pieds), gamins (à droite et à l’extrême-gauche), bourgeois (avec le haut-de-forme), ouvrier (au sabre), et même polytechnicien (au fond, portant le traditionnel bicorne).

Elle brandit le drapeau tricolore, symbole également fort puisqu’il avait été évincé par le régime monarchique détrôné au bénéfice du traditionnel drapeau blanc royaliste, et a été réinstitué par le roi Louis-Philippe amené au pouvoir par les Trois Glorieuses.

Il y a d’ailleurs un second drapeau tricolore sur le tableau, quasi invisible à première vue.

Le drapeau tricolore caché

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Zoom sur le drapeau caché

En plus de celui qu’elle brandit, il y a un autre drapeau tricolore sur le tableau : il est au fond, sur les tours de Notre-Dame (qui servent par ailleurs à ne pas douter que l’action se déroule à Paris), et n’est distinctement visible qu’avec un puissant zoom.

La signature de Delacroix

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Signature d’Eugène Delacroix

Relativement plus visible que le drapeau de Notre-Dame, la signature du peintre figure discrètement sur sa toile – mais vous ne verrez plus qu’elle une fois que vous l’aurez remarquée : “Eug. Delacroix” et “1830” sont inscrits sur des débris de la barricade, à droite du tableau derrière l’enfant principal.

Un chef-d’œuvre en inspire un autre

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L’enfant ayant sûrement inspiré Gavroche

Cet enfant, second personnage principal du tableau – ou plutôt premier des personnages secondaires -, est doublement célèbre puisqu’il est très connu pour avoir inspiré à Victor Hugo dans Les Misérables son mythique personnage de Gavroche, archétype du “gamin”, enfant des rues de Paris de l’époque, tout au long du récit guidé par la Liberté.


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