“PARIS EST UNE FÊTE” : la Génération Perdue dans les Années Folles

Paris est une fête est l’une des œuvres majeures du célèbre écrivain américain Ernest Hemingway (1899-1961), et sûrement la plus connue en France. C’est dans ce livre que l’on peut se faire une idée du Paris des Années Folles, de ses artistes immigrés et de leur quotidien de bohème : Gertrude Stein, Ezra Pound ou encore Francis Scott Fitzgerald prennent vie dans le récit.

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Paris est une fête (© Histoire Parisienne)

N.B. : ce court article n’a pas pour but de vous résumer – et spoiler – le livre, et encore moins la prétention d’en faire une critique littéraire ; il s’attache seulement à en expliquer la genèse et le contexte historique, afin d’avoir un aperçu et une meilleure compréhension des Années Folles à Paris vécues par cette fameuse “Génération Perdue”.

Il s’agit d’une œuvre autobiographique aux origines insolites : Hemingway commença ce projet en 1956, lorsqu’il retrouva dans une malle oubliée au Ritz en 1928 des notes de ses années passées à Paris dans les années 1920. Cependant, n’arrivant pas à un résultat satisfaisant (pour le titre, l’introduction et le dernier chapitre, mais aussi pour de nombreux textes inachevés), il décédera avant de l’avoir terminé.

Paris est une fête sera publié en 1964, mais durant ces trois années de nombreuses modifications ont été faites par sa veuve Mary et les éditeurs de cette première version ; ainsi est parue en 2009 une édition respectant davantage les textes originaux, et complétée de récits supplémentaires – les “vignettes parisiennes” – écrits à partir de 1957.

Dans “Nada y pues nada”, dernière vignette du livre écrite du 1er au 3 avril 1961, Hemingway conclut ses souvenirs en les résumant avec mélancolie :

ce livre contient des matériaux tirés des remises de ma mémoire et de mon cœur. Même si l’on a trafiqué la première, et si le second n’est plus.


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À gauche : Ernest Hemingway en tenue militaire à Milan (1918) / au milieu : en Suisse avec Hadley, sa première épouse (1922) / à droite : E. H. en 1950

La notion de “fête mobile”

Le titre de ce recueil a été choisi par Mary Hemingway sur suggestion d’Aaron Edward Hotchner, se souvenant d’Ernest employant en 1950 cette expression à Paris, et illustrant bien sa relation avec la capitale française :

Si vous avez eu la chance de vivre à Paris quand vous étiez jeune, quels que soient les lieux visités par la suite, Paris ne vous quitte plus, car Paris est une fête mobile.


Dans l’avant-propos de la récente édition, Patrick Hemingway – l’aîné de ses deux fils issus de son deuxième mariage – explicite bien la notion de “fête mobile” :

celle [l’idée d’une fête mobile] d’un souvenir, voire d’une manière d’être partie intégrante de soi, dont vous ne vous séparez jamais, où que vous soyez, où que vous alliez et que vous viviez, et qui restera toujours vôtre. Une expérience primitivement ancrée dans un lieu et un moment où un état comme le bonheur ou l’amour se transforme alors en une entité mobile transportable et dans le temps et dans l’espace.


À noter que le titre original est A Moveable Feast, ainsi il se focalise sur la notion de “fête mobile” tandis que la traduction française met en avant Paris mais sans la mentionner comme une fête “mobile” (il est vrai que l’expression sonne vraiment moins bien en français…) ; cependant Paris est mentionnée dans le sous-titre de l’édition originale.

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Première édition originale de A Moveable Feast (1964)

La Génération Perdue

L’expression restée à la postérité de “Génération Perdue” est également au cœur du récit. Dans le chapitre éponyme, Ernest révèle l’anecdote de son origine :

Le patron avait dit à son employé : “Vous êtes tous une génération perdue.”
“C’est ce que vous êtes. C’est ce que vous êtes tous, dit Miss Stein. Vous autres, jeunes gens qui avez fait la guerre, vous êtes tous une génération perdue.”


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Gertrude Stein et John Hemingway (surnommé “Bumby”, premier enfant d’Ernest présent dans le récit) à La Closerie des Lilas, 1924

Aujourd’hui l’expression désigne aussi bien cette génération de jeunes hommes ayant combattu pendant la Première Guerre mondiale que le courant littéraire formé par les nombreux écrivains américains de l’entre-deux-guerres, pour la plupart immigrés à Paris et dont l’épicentre était l’atypique librairie Shakespeare and Company créée en 1919 par Sylvia Beach, à l’époque du récit au 12 rue de l’Odéon.

Si vous souhaitez partir à la rencontre d’Ernest et Hadley Hemingway, Francis Scott et Zelda Fitzgerald, Gertrude Stein, Sylvia Beach et tous les autres de la Génération Perdue, ou bien seulement partir à la découverte du Paris des Années Folles, il ne vous reste plus qu’à plonger dans les mémoires d’Hemingway, et en faire une de vos fêtes mobiles.


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