PLACE VENDÔME : les 4 NAPOLÉON de la colonne de la Grande Armée

En 1806, l’empereur Napoléon Ier alors à son apogée profite du vide au centre de la place Vendôme – dû à la suppression en 1792 de la statue de Louis XIV par les Révolutionnaires – pour y édifier une colonne surmontée d’une statue le représentant en César, victorieux de la célèbre bataille d’Austerlitz. L’histoire de la colonne sera ensuite à l’image de celle du XIXe siècle : mouvementée ! Retour sur l’évolution dans le temps de la place Vendôme et de sa colonne.

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Colonne de la Grande Armée, place Vendôme (© Histoire Parisienne)

La place Vendôme avant la colonne de la Grande Armée

Longtemps avant la vaste place synonyme de luxe que l’on connaît aujourd’hui se trouvait à cet emplacement l’hôtel de Vendôme, hôtel particulier construit au XVIIe siècle pour César de Bourbon, duc de Vendôme, bâtard légitimé peu après sa naissance d’Henri IV et de sa maîtresse Gabrielle d’Estrées.

Vingt ans après sa mort survenue en 1665, le projet d’aménagement d’une place remplaçant l’hôtel est confié aux éminents architectes Jules Hardouin-Mansart et Germain Boffrand ; prévoyant au départ la construction de bâtiments publics, le Roi-Soleil décide finalement en 1699 d’y établir des hôtels particuliers. En outre, bien évidemment, une statue équestre à son effigie est érigée au centre ; dans un premier temps “place des Conquêtes”, l’endroit prend rapidement le nom de “place Louis-le-Grand”.

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La foire de la place Louis-le-Grand vers 1770, par Jacques-Gabriel Huquier

Au lendemain du 10 août 1792, chute définitive de Louis XVI, c’est au tour de la statue de son ancêtre d’être déchue – mais pas totalement détruite : un de ses pieds a survécu et se trouve au musée Carnavalet. De 1793 à 1799 le nom change pour “place des Piques”.

Les 4 Napoléon au sommet de la colonne

À partir de la prise du pouvoir par Bonaparte on reprend le nom de “place Vendôme”. Suite à l’échec de différents projets, c’est celui d’une colonne en son honneur lancé en 1803 qui aboutira, sur le modèle de la colonne de l’empereur Trajan à Rome. Fabriquée à partir de 1200 canons pris aux armées vaincues, la colonne de la Grande Armée célèbre la victoire d’Austerlitz le 2 décembre 1805, symbole de l’apogée militaire de l’Empire, et est surmontée d’une statue de Napoléon Ier habillé en César ; le tout est achevé en 1810.

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Bataille d’Austerlitz, 2 décembre 1805, François Gérard

A la Restauration, Louis XVIII supprime la statue et met à la place le drapeau du royaume : la fleur de lys sur fond blanc. Ironiquement, elle est d’ailleurs fondue pour fabriquer la statue de Louis XIV sur la place des Victoires en 1822.

En 1833 le nouveau roi Louis-Philippe, se voulant modéré, réinstalle une statue de Napoléon au même endroit, mais cette fois-ci dans sa tenue classique, dite “en petit caporal” : et de 2 Napoléon !

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Statue de Napoléon “en petit caporal”, au sommet de la colonne Vendôme de 1833 à 1863, aujourd’hui aux Invalides

Napoléon III, en 1863, le remplace par une copie de l’ancienne statue afin de rendre dignement hommage à son oncle : statue de Napoléon, ter !

En 1870, suite à la défaite contre la Prusse et la proclamation de la IIIe République, le peintre Gustave Courbet demande par pétition la suppression du César surplombant la place Vendôme, en vain. Mais ce projet symbolique revient à l’ordre du jour à l’établissement l’année suivante de la Commune de Paris dont il sera l’un des meneurs. Le gouvernement révolutionnaire et anti-bonapartiste de la capitale, ayant pour sa part choisi le nom de “place Internationale”, décide sa destruction qui a lieu le 16 mai 1871 au cours d’une cérémonie où se mêlèrent acclamations et chants patriotiques, au motif suivant :

« La Commune de Paris, considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité, décrète : article unique – La colonne Vendôme sera démolie. »


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Destruction de la colonne Vendôme et du Napoléon en César au sommet, 16 mai 1871

Mais l’Assemblée Nationale, dès l’année suivant la Semaine sanglante, vota la reconstruction de la colonne et de la statue à l’identique… Aux frais de Gustave Courbet ! Ce dernier décéda cependant juste avant d’avoir à payer. C’est cette seconde reconstruction à l’identique du Napoléon en César de 1810, “attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité”, que l’on peut admirer encore aujourd’hui.


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3 commentaires


  1. Le pauvre Courbet aurait dû savoir que l’histoire se retourne bien souvent. Merci pour ces recherches bien documentées.

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    1. Merci pour ce commentaire, avec plaisir 🙂 peut-être le savait-il, d’où ses nombreux abus sur sa santé l’ayant empêché de rembourser la colonne…

      Répondre

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