Le SACRÉ-CŒUR ensanglanté, réminiscence de la COMMUNE

Montmartre, été 2004 : certains passants attentifs peuvent remarquer sur l’un des dômes du Sacré-Cœur de la peinture rouge déversée. À première vue simple acte de vandalisme, il s’agissait en fait d’un fort acte militant dont la peinture rouge vif recouvrant le blanc immaculé des fameuses pierres de la basilique était l’allégorie du sang sur les mains de la IIIe République, versé à sa création en 1871 afin d’établir son autorité… Retour sur l’un des épisodes révolutionnaires les plus marquants et controversés de l’Histoire de France : la Commune de Paris.

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Dôme du Sacré-Cœur recouvert de peinture rouge, été 2004 (DR)

1870-1871 : de la bataille de Sedan aux canons de Montmartre

Le 1er septembre 1870, la France entrée en guerre pour des motifs diplomatico-politiques contre la confédération de l’Allemagne du Nord menée par la Prusse est écrasée par l’armée de Guillaume Ier à la bataille de Sedan.

Napoléon III est fait prisonnier, le prestigieux Second Empire s’effondre – à 3 mois de son 18e anniversaire –, la IIIe République est proclamée le 4 septembre et les troupes adverses envahissent petit à petit le pays par le Nord-Est.

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Photographie officielle de Napoléon III par Gustave Le Gray, 1857

La République est proclamée mais n’est pas censée durer – ironique quand l’on constate aujourd’hui qu’elle est le plus long régime et l’un des plus prospères depuis la Révolution –, le gouvernement provisoire replié à Versailles a pour but de préparer la réorganisation du pays et les négociations avec l’occupant. En 1870 le régime mis en place est volontairement flou afin de ne pas entraver le gouvernement qui prendra ensuite le pouvoir ; en effet à ce moment la majorité des hommes politiques sont monarchistes ou bien bonapartistes.

Mais de nombreux Parisiens, socialistes pour la plupart, ne s’avouent pas vaincus et se montrent très opposés aux dirigeants conservateurs. En effet, une méfiance teintée d’hostilité s’est globalement répandue durant la première moitié du XIXe siècle dans les classes laborieuses, le peuple ayant le sentiment – plutôt justifié – de s’être fait “voler” ses révolutions par les élites, en 1830 et encore plus en 1848.

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Barricade rue Soufflot des journées de juin 1848 durant lesquelles les ouvriers parisiens se battent contre la fermeture des ateliers nationaux ; la ferme répression fera plusieurs milliers de morts (tableau de Horace Vernet).

Ces dissentiments sont cruellement amplifiés par le siège de Paris et ses conditions de vie très rudes durant l’hiver 1870-1871, ainsi que par des mesures prises par le gouvernement (nominations, censure notamment) ; de plus la proclamation de l’Empire allemand dans la Galerie des Glaces le 18 janvier exacerbe les rancœurs.

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Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif

La confrontation devient inévitable le 17 mars lorsque les généraux Lecomte et Clément-Thomas, envoyés par Adolphe Thiers désarmer la butte Montmartre, sont capturés puis exécutés ; en représailles, ce dernier fait arrêter en province le meneur socialiste Auguste Blanqui.

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Auguste Blanqui

Le 18 mars, les quartiers populaires – anciens faubourgs – se soulèvent : la population s’empare des canons et organise la ville de manière autonome. La Commune de Paris, disparue en 1795, est ressuscitée par ses ouvriers et petits entrepreneurs aux idéaux socialistes, progressistes et anti-cléricaux, “ce qui a produit la sans-culotterie en 1792-1794” comme l’a écrit Guy Antonetti.

Tensions et avancée vers l’inévitable Semaine Sanglante

La gouvernement autonome de Paris prend rapidement des mesures politiques fortes, telles que la destruction de la colonne Vendôme et la séparation de l’Église et de l’État – les Communards iront jusqu’à fusiller l’archevêque de Paris et d’autres religieux en représailles de la captivité de Blanqui et de l’avancée des troupes.

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Photographie de la colonne Vendôme détruite, par Franck de Villecholle

Quant au gouvernement provisoire, en plus de souhaiter paix et négociations, il est bien entendu totalement idéologiquement opposé à cette insurrection : les troupes du gouvernement – appuyées par l’occupant – avancent petit à petit vers Paris à partir du 21 mars, et y rentrent deux mois plus tard le 21 mai, avec pour but d’éliminer toute résistance des “Communards”.

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Message du Comité de Salut Public de la Commune au gouvernement provisoire et aux troupes versaillaises

Les combats ont lieu dans toute la ville durant 7 jours : c’est la “Semaine sanglante”, qui se termine le 28 mai avec un bilan allant de vingt à trente mille révolutionnaires massacrés.

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Barricade de Communards dans le 11e
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Une rue de Paris en mai 1871, tableau de Maximilien Luce (réalisé entre 1903 et 1906)
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Plaque commémorant les victimes des massacres

La construction de la basilique du Sacré-Cœur par les conservateurs

Dès 1873 est votée la construction de la basilique du Sacré-Cœur sur la butte Montmartre, lieu de naissance de l’insurrection.

Si le projet d’une église dédiée au Sacré-Cœur de Jésus est antérieure aux évènements de la Commune, il est indéniable qu’il y a également eu une réelle volonté “d’expier les péchés des Communards”, en cette période de tensions durant laquelle les conservateurs voient la défaite contre la Prusse et la Commune comme une punition divine de la décadence débutée en 1789, tandis que les progressistes militent pour la laïcité.

Ainsi la basilique représente encore aujourd’hui dans notre histoire la victoire des conservateurs et élites sur le peuple socialiste de Paris.

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Basilique du Sacré-Cœur (© Histoire Parisienne)

Née dans une époque au contexte socio-politique très complexe, la Commune n’a pas atteint le statut de ses grandes sœurs 1830 et 1848 – et encore moins celui de sa mère 1789 – en raison de sa funeste issue, alors même que son essence portait les mêmes idéaux.

En 1880 les survivants sont amnistiés, et au XXe siècle cet épisode historique unique s’ancre durablement dans les esprits socialistes, héritiers de « [cette France] dont Monsieur Thiers a dit “on la fusille” » selon Ferrat. Finalement, en 2016 l’Assemblée Nationale a réhabilité tous les Communards. Comme l’a ensuite chanté Jean Édouard, leur esprit est encore et toujours là :

« À dix contre deux cents, les révolutionnaires !
Les derniers Fédérés contre un mur sont tombés,
Ne murmurant qu’un mot, le mot : Fraternité.
Versaillais, Versaillais,
Vous avez fusillé le cœur d’une révolution,
Vous l’avez jeté en prison,
Mais il reste à Paris, l’esprit des insurgés »


Certains voient cependant dans la Commune, période certes tragique pour le peuple parisien, un événement charnière de la IIIe République qui a par ce “maintien de l’ordre” établi durablement le régime et permis par la suite les nombreux progrès que l’on connaît, alors qu’à cette époque les courants monarchistes et bonapartistes étaient majoritaires, les deux précédentes républiques étant synonymes dans les esprits – plutôt à juste titre – d’instabilité politique et d’insécurité.

Ainsi, comme souvent, l’Histoire n’est ici ni rouge, ni blanche, mais en demi-teinte…


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