Quartier SAINT-SULPICE : 6 curiosités à ne pas manquer

S’il est de nos jours très calme, l’histoire du quartier Saint-Sulpice est très riche. Ce dernier, dont le cœur est évidemment son imposante église, recèle dans ses artères de nombreux détails et curiosités – parfois bien cachés – qu’il est facile mais très dommage de ne pas voir : voici 6 choses à ne pas manquer à Saint-Sulpice si vous avez la chance de vous y promener.

Les tours asymétriques

saint-sulpice-tours-asymetriques
L’église Saint-Sulpice et ses tours asymétriques (© Histoire Parisienne)

Nombreux sont ceux qui admirent l’édifice sans en voir le pittoresque défaut : ses deux tours sont complètement asymétriques… Pour en comprendre l’origine il faut se pencher sur l’histoire chaotique de sa construction.

L’actuelle église Saint-Sulpice, du nom de l’archevêque de Bourges au VIIe siècle Sulpice le Pieux, a été construite aux XVIIe et XVIIIe siècles en remplacement de l’ancienne datant du XIIe en raison du nombre croissant de fidèles de la paroisse.

anne-d-autriche
Anne d’Autriche par Rubens, 1625

C’est la reine régente Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, qui en pose la première pierre en 1646. La construction se fait suivant les plans de l’architecte Christophe Gamard qui décède en 1649 ; le célèbre Louis Le Vau le remplace mais il démissionne car son projet ne plaît pas, et est remplacé par l’architecte du roi Daniel Gittard qui fait réellement avancer les travaux et permet à Saint-Sulpice de devenir un chef-d’œuvre du classicisme, en plein essor à cette époque.

Mais en 1678 les travaux sont interrompus par manque de fonds. Ils ne seront repris que 40 ans plus tard grâce au curé de l’église Jean-Baptiste Languet de Gergy qui prend les choses en mains en appelant aux dons et surtout en organisant une loterie, permettant ainsi de financer la suite des travaux confiés à l’architecte Gilles Oppenord. Reste alors la façade, prise en charge par Giovanni Niccolò Servandoni, et achevée en 1749.

servandoni
Servandoni par Colson

Enfin, à la fin des années 1770, Jean-François Chalgrin a pour projet la reconstruction des tours ; il termine celle de la tour nord, mais les évènements de la Révolution l’empêchèrent de faire de même pour la tour sud, qui est restée telle quelle depuis…

Les chefs-d’œuvre de Delacroix

Pour cette deuxième étape dans Saint-Sulpice, il faut pousser la porte de l’église ; tandis que certains s’empressent de chercher les secrets du Da Vinci Code, il vaut mieux se diriger vers la Chapelle des Saints-Anges (juste à droite de l’entrée) pour pouvoir admirer le magnifique trio de fresques d’épisodes bibliques qu’Eugène Delacroix, bien qu’athée, a peintes de 1854 à 1861 (suite à des esquisses réalisées en 1849).

eugene-delacroix
Autoportrait d’Eugène Delacroix, 1837

Il est composé de la “Lutte de Jacob avec l’ange” en face de “Héliodore chassé du temple”, ainsi que de “Saint Michel terrassant le Dragon” au plafond.

Pour ce travail, le peintre installe son atelier en 1857 non loin de l’église, rue Furstemberg – transformé au XXe siècle en musée – et met au point un mélange d’huile et de cire pour que les œuvres monumentales directement peintes sur les murs tiennent et résistent à l’humidité du lieu d’exposition ; il y a jusqu’à 15 couches à certains endroits car la composition de la peinture a été modifiée à de multiples reprises. En revanche au plafond il s’agit d’une classique toile marouflée.

Elles seront les dernières œuvres de sa vie puisqu’il décède deux ans plus tard, dans la maladie et la solitude.

Une importante restauration de 2014 à 2016 les a rendues de nouveau somptueuses et éclatantes, fidèlement à l’art de leur peintre :

« La couleur est par excellence la partie de l’art qui détient le don magique »

Journal d’Eugène Delacroix

N.B. : les peintures étant difficiles à dignement immortaliser en raison de la luminosité et de la configuration de la chapelle, si vous ne pouvez vous y rendre vous pouvez vous en faire un correct aperçu ici.

La fontaine des cardinaux

place-saint-sulpice-fontaine-des-cardinaux
La fontaine des cardinaux de la place Saint-Sulpice (© Histoire Parisienne)

Sur le parvis de l’église Saint-Sulpice se trouve une impressionnante fontaine connue de tous, construite en 1844 par l’architecte Louis Visconti selon les plans d’urbanisme de Servandoni, et nommée “fontaine des orateurs sacrés”.

Les statues de quatre célèbres évêques du Grand Siècle, sculptées par quatre artistes différents, sont érigées sur les quatre faces de la fontaine : Fénelon, Massillon, Fléchier et Bossuet, respectivement orientés est, sud, ouest et nord.

L’anecdote à savoir est que son surnom répandu de “fontaine des cardinaux” n’est justifié que par l’alignement des personnages avec les points cardinaux, car aucun d’eux n’a porté le prestigieux titre de cardinal !

La Disparition de Georges Perec

place-saint-sulpice-disparition-perec
Plaque en hommage à Georges Perec et son roman La Disparition

Une curiosité bien plus discrète mais tout aussi intéressante est située non loin de la fontaine : une plaque très particulière, accrochée au mur de l’actuel Café de la Mairie indique “place Georges Perec” sans les e…

Pas de panique, la place se nomme toujours Saint-Sulpice, il s’agit seulement d’un bel hommage par l’artiste Christophe Verdon pour les trente ans de la mort du talentueux auteur de La Disparition (1969), roman en “lipogramme” c’est-à-dire que le livre entier ne comporte pas une seule fois une lettre de l’alphabet, en l’occurrence le e !

georges-perec
Georges Perec (DR)

La plaque a été inaugurée en 2012 au Café de la Mairie car c’est dans cet établissement que Perec est venu trois jours de suite en octobre 1974 observer longuement et prendre note de tout ce qu’il voyait pour en tirer un récit : Tentative d’épuisement d’un lieu parisien (1982).

“Le bateau ivre” de la rue Férou

rue-ferou-bateau-ivre
“Le bateau ivre”, rue Férou (© Histoire Parisienne)

La petite rue Férou, située entre la place et la rue de Vaugirard, est une très vieille rue du quartier Saint-Sulpice, baptisée du nom des propriétaires de ses terres au XVIe siècle, le procureur Étienne et son fils avocat Jean Férou.

Une œuvre inattendue frappe le passant : sur le long mur d’enceinte de l’ancien séminaire Saint-Sulpice, aujourd’hui utilisé comme service des impôts, a été inaugurée en 2012 également une reproduction complète du poème “Le bateau ivre” d’Arthur Rimbaud, qui se lit de droite à gauche (donc du bas vers le haut de la rue).

Les grands Hommes de Saint-Sulpice

rue-servandoni
La rue Servandoni (© Histoire Parisienne)

Contiguë à la rue Férou, la rue Servandoni, du nom de l’un des architectes de l’église, est l’une des rues les plus pittoresques du quartier Saint-Sulpice. Dans cette petite voie qui mène de la rue de Vaugirard au flanc sud de l’église Saint-Sulpice, on trouve nombre de beaux bâtiments de styles anciens.

marius
Marius par Gustave Brion

Mais c’est aussi et surtout un endroit au taux très élevé de célébrités de notre monde comme de celui de la fiction y ayant vécu : l’écrivain américain William Faulkner (plaque au no 26), la féministe révolutionnaire Olympe de Gouges (plaque au no 18), Nicolas de Condorcet (no 15) qui se cachait suite au décret d’arrestation pris à son encontre par la Convention avant d’être arrêté à Clamart et de mourir dans sa cellule à Bourg de l’Égalité (aujourd’hui Bourg-la-Reine), d’Artagnan (le fictif, pas le vrai – au no 12), et enfin le célèbre Marius des Misérables durant sa jeunesse (malheureusement pas de numéro précisé).


Merci d’avoir lu cet article en entier ; n’hésitez pas à vous exprimer dans l’espace commentaires pour me dire ce que vous en avez pensé.

S’il vous a plu, je vous invite à le partager avec vos amis, à suivre le blog sur les réseaux sociaux et à activer l’alerte mail pour être averti des nouveaux contenus (boutons ci-dessous et dans le menu à gauche) !
🙂

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *